Antonín Dvořák – Stabat Mater : Eja, Mater, fons amoris – Guide à l'écoute

La troisième pièce, Eja, Mater, fons amoris est confiée au chœur seul et se compose de deux parties pratiquement égales.

Le texte concerne la strophe suivant du Stabat Mater :

Eja, mater, fons amoris,
me sentire vim doloris
fac, ut tecum lugeam.
Allez, Mère, source d'amour,
fais-moi sentir la violence de la douleur
laisse-­moi pleurer avec toi.

Ici, pour la première fois, est introduit dans le texte le premier fac, fais, permet.

Et dans ce texte, pour la première fois, nous passons de la contemplation de ce qui se passe sur la scène de la crucifixion, de l'être en un certain sens spectateurs de ce qui se passe au pied de la croix, à être, au contraire, protagonistes : avec ce fait nous commençons à demander à Marie !

Et c'est justement le chœur qui demande, donc moi, toi, nous sommes tous là pour demander.

Et cet aspect est également souligné par Dvořák d'une manière très particulière.

Allons à l'écouter.

Nous sommes à 0:31:45 de notre vidéo et je t'invite à faire attention à l'introduction orchestrale du début : une ligne mélodique soutenue par des accords cadencés en pianissimo.

Et voilà : cette cadence de ces accords appuyés (disons qu'on pourrait presque remarquer, si on le souhaite, un tout petit accent sur chaque accord, comme pour... marquer le pas) nous met dans une ambiance de marche, en chemin : « Eja, mater, fons amoris ».

« Eja » c'est une exhortation, une incitation, un encouragement qu'en français on pourrait traduire avec « allez », « on y va ensemble », « on se soutient ensemble ».

Pour la première fois, ici nous nous tournons directement vers la Vierge, nous lui parlons, nous nous tenons là devant elle, prêts à… partir avec elle.

Après la brève introduction de l'orchestre, la basse (qui entre la première) est suivi par les trois autres voix de manière homorythmique, entrecoupant la basse, comme nous l'avons déjà vu à d'autres occasions précédemment : un (une) dit, tous répètent.

D'autres répétitions faites successivement par les contraltos, les ténors, les contraltos et les sopranos et, enfin, par les ténors et les contraltos, nous conduisent à la nouvelle entrée de la basse, à 0:33:36, à laquelle les trois autres voix répondent par un triple cri : « fac », le tout sur une même note tenue longue, accentuée et dans la région aiguë de la tessiture vocale, du mezzoforte du premier « fac » au fortissimo du troisième tenu beaucoup plus longtemps que les deux premiers.

Immédiatement, les quatre voix, piano, chantent sur la même note « ut tecum lugeam », « Laisse-moi prendre part à ton deuil ».

A 0:33:59 l'atmosphère change : les accords de l'orchestre ne sont plus là pour marquer le temps (il ne reste que la basse appuyée), voici maintenant un grand cantabile : les enfants implorent la Mère par une prière sincère (ceux qui ont des enfants sûrement connaissent cette situation 😉 ).

A 0:35:12 l'orchestre petit à petit laisse la place à la basse et on a une reprise du début.

La différence, ici, est que au cri « fac », forte avec les notes longues dans la région aiguë est chanté aussi par les basses avec les trois autres voix, suivi de « ut tecum lugeam » en diminuendo qui atteint le pianissimo.

On a là, donc, la reprise quasi totale de ce qu'on a entendu jusqu'ici, comme une sorte de refrain un peu varié mais pas tant que ça, qui nous amène à la conclusion du morceau.

Antonín Dvořák – Stabat Mater: Partition

Antonín Dvořák – Stabat Mater: Texte

Antonín Dvořák – Stabat Mater: Vidéo