Antonín Dvořák – Stabat Mater : Tui nati vulnerati – Guide à l'écoute

Dans la cinquième partie, Tui Nati vulnerati, nous retrouvons le chœur protagoniste chantant le texte suivant :

Tui Nati vulnerati,
tam dignati pro me pati,
poenas mecum dívide.
De ton Fils blessé
qui a daigné souffrir pour moi
les peines que tu partages avec moi.

Nous sommes à 0:48:57 de notre vidéo.

Ici (et c'est la seule fois) nous ne trouvons pas le verbe « fac ».

Ce morceau aussi, je dois l'avouer, m'a mis en crise (dans le bon sens du terme, évidemment 😉 ) les premières fois que je l'ai écoutée.

Je te dis dire tout de suite le pourquoi.

En lisant le texte, nous parlons des souffrances du Christ et nous demandons à la Vierge de partager ses douleurs avec moi, donc le climat reste le climat triste qui imprègne tout le Stabat Mater jusqu'ici.

Mais en allant écouter ce morceau on entend … autre chose, bien loin de là !

En fait, le rythme de base de cette cinquième partie est une pastorale bohémienne en 6/8 qui donne une impression de grande sérénité et de paix : d'abord l'orchestre commence, puis les voix entrent en canon (basses, contraltos, ténors et sopranos en dernier) et le tout se déroule dans ce rythme (presque) de berceuse.

Il y a donc un contraste saisissant entre la musique et le texte.

Mais … pourquoi ?

Parce que, à mon avis, la clé est dans le texte : ici est utilisé le mot « Nati », « nouveau-né » et pas le mot Fils, par exemple, et donc ... comment souligner ce né si non par une berceuse ?

Et tout se déroule de manière très sereine jusqu'à ce que le mot « poenas » soit prononcé pour la première fois : nous sommes à 0:50:05 et ce mot est chanté par les voix de manière homorythmique sur un léger crescendo.

On procède sur ce rythme pastoral lorsque le mot « poenas » est prononcé à nouveau trois fois par les quatre voix : forte sur une note homorythmiquement accentuée les deux premières fois, pianissimo mais sur des notes plus longues avec un petit contrepoint des ténors la troisième fois (à 0:50:59).

À 0:52:00 il y a un changement soudain : la pastorale se termine, il y a une pause silencieuse et les sopranos commencent, Un poco più mosso, en forte sur des notes accentuées, suivis des ténors, des basses et enfin des contraltos.

Jetons un coup d'œil à ces lignes mélodiques : avant toute chose, tu pourras remarquer à quel point le climat est maintenant absolument dramatique, loin de la berceuse initiale, même si le texte est toujours le même.

Les trois premières voix ont un saut initial puis une gamme descendante avec des valeurs rythmiques assez longues, tandis que le contralto a des valeurs beaucoup plus courtes avec une ligne mélodique pleine de sauts et très articulée.

En plus, le mot « poenas » est désormais toujours proéminent avec des notes accentuées ou aiguës.

Cette situation évolue, entre crescendos et diminuendos, accents et harmonies particuliers, jusqu'à 0:53:04 où, avec le retour du Tempo I, le tempo pastoral revient et avec lui la sérénité initiale : à partir de là, il y a la reprise partielle de la première partie de ce morceau.

Antonín Dvořák – Stabat Mater: Partition

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