
La huitième partie du Stabat Mater, Fac, ut portem Christi mortem, est confiée aux deux voix solistes de Soprano et de Ténor.
Le texte nous fait déjà comprendre l'atmosphère de cette pièce, fortement dramatique et pleine de douleur :
| Fac, ut portem Christi mortem, passionis fac me sortem et plagas recolere. |
Laisse-moi apporter la mort de Christ, laissez-moi participer à sa passion, que je me souvienne toujours de ses plaies. |
| Fac me plagis vulnerari, cruce hac inebriari ob amorem Filii. |
Laisse-moi être transpercé par ses plaies, qui m'enivre de cette croix pour l'amour de ton Fils. |
Dès l'introduction orchestrale, en effet, on sent toute la tension qui se dégage de l'orchestre : on est à 1:09:39 de notre vidéo et le thème principal de toute la pièce est immédiatement présenté par la première clarinette, par la flûte puis (et progressivement) par d'autres instruments jusqu'à ce qu'il soit proposé par la soprano soliste à 1:10:44 qui, sur le mot « plagas », l'utilise comme un fragment mélodique-rythmique répété trois fois (chaque fois à partir d'un note plus grave).
A 1:11:41 le Ténor entre et propose le même thème que la Soprano, qui s'ajoute immédiatement et les deux solistes continuent d'alterner leurs entrées comme un canon, utilisant toujours le même incipit mélodique-rythmique.
Si tu le peux, fais attention au nouvel accompagnement orchestral que Dvořák introduit avec l'entrée du Ténor : c'est en pianissimo donc il faut vraiment ... le remarquer, mais ici est introduite une figuration de quatre doubles croches liées par paires.
Ce fragment est issu d'une figuration qui, en réalité, existe dès le début : il s'agit de deux doubles croches et d'une croche (ou noire) successives qui s'entendent dès le début, dans la région grave de l'orchestre.
Pourquoi je te dis ça ?
Car on retrouve ce rythme de doubles croches à 1:12:31 qui accompagne initialement les violons (dolente -douloureux- est écrit sur la partition) : dans ce cas les quatre doubles croches sont présentées toutes détachées et, bien qu'il n'y ait pas de nouvelle indication de tempo, on a la sensation que les différentes entrées entre les instruments et les deux voix deviennent de plus en plus pressantes, presque accélérées, sur ce rythme pressant qui, tout en restant toujours pianissimo, gagne néanmoins peu à peu la région supérieure jusqu'à ce qu'il passe (à 1:13:19 ) à nouveau aux instruments aigus et à nouveau les quatre doubles croches sont liées par paires.
Là aussi la Soprano a une mélodie très riche sur le mot « plagas », désormais riche en grands sauts (dont certains sont même difficiles à chanter) et très articulée, justement pour décrire ce mot.
A 1:13:55, avec l'introduction orchestrale, il y a la reprise de l'orchestre et des voix, qui entrent sur une courte distance en chantant le deuxième couplet.
Sur le plan musical il n'y a pas de différence entre les deux couplets : l'incipit mélodique-rythmique est toujours le même, mais ici la cantabilité de la ligne mélodique prime davantage sur un accompagnement très sobre : on dirait presque que les « plagas » du Christ de la strophe précédent cède la place à l'« amorem » pour le Christ que l'on retrouve plutôt dans cette strophe.
Antonín Dvořák – Stabat Mater: Partition
