Nous voilà donc en train d'écouter cette Ouverture pour “Coriolan” op. 62 de Ludwig van Beethoven et entrer dans le détail..
D'abord, disons tout de suite que le début est très ... beethovénien 🙂 : un long DO en fortissimo (voir ici la raison pour laquelle en musique on utilise des termes en italien et leur traduction) des cordes, suivi, à trois reprises, par trois accords secs, eux aussi en fortissimo, de toute l'orchestre (la troisième fois, les accords sont au nombre de trois) : on ressent toute la détermination de Coriolan dans son désir de vengeance (vous pouvez écouter ce début de 00:00 à 00:22 de la vidéo que j'ai choisi pour réaliser ce guide d'écoute).
À ce moment-là, commence le premier thème, appelons-le le thème de Coriolan, un thème divisé en deux parties :
- dans la première partie deux croches détachées et deux croches liées s'alternent : proposé par les cordes en piano, ce fragment est répété trois fois de manière absolument identique, puis monte de plus en plus haut pour se terminer par un accord de toute l'orchestre (de 00:24 à 00:34) ; après une pause, il est repris plus ou moins à l'identique, mais un ton plus bas (jusqu'à 00:44).
- après une énième pause, commence la deuxième partie de ce thème, partie qui est rythmiquement instable : en effet les pauses et les notes retardées décrivent bien l'inquiétude de Coriolan, incertain face à une décision difficile à prendre, le tout dans un crescendo qui aboutit au fortissimo où prédominent les accords de l'ensemble de l'orchestre (jusqu'à 01:04).
De 01:04 à 01:20 Beethoven insiste et alterne ces deux éléments caractéristiques de ce début.
Une très courte phrase de transition (5 notes au total, de 01:20 à 01:23) nous mène, soudainement, dans une atmosphère sonore complètement différente : nous voici au deuxième thème, le thème de Volumnia, en mi bémol majeur, de caractère chantant, lyrique, apaisé.
Ici Volumnia supplie son mari de renoncer à se venger.
Ce thème (de 01:24 à 02:05) est répété trois fois, chaque fois en partant d'une note plus haute que la précédente, et chaque répétition est essentiellement identique dans sa forme, entrecoupée par quelques notes en fortissimo, qui peuvent nous rappeler les accords du thème de Coriolan du début.
Je voudrais ouvrir une petite parenthèse, maintenant, pour comparer ces deux thèmes absolument contrastés et faire quelques observations :
- dans le thème de Coriolan, nous trouvons essentiellement des croches, tandis que dans le thème de Volumnia, nous trouvons des valeurs plus longues : des noires (qui équivalent à deux croches) et des blanches (qui équivalent à quatre croches)
- le thème de Coriolan est répété deux fois, la deuxième à un intervalle de seconde inférieure, tandis que le thème de Volumnia est répété trois fois, chaque fois à un intervalle de seconde supérieure.
Beethoven n'a donc pas besoin de grand-chose pour créer du contraste : il joue simplement avec la durée des notes et la re-présentation des fragments mélodiques dans les deux sens opposés.
Mais revenons à notre guide à l'écoute.
Après la troisième répétition, variée dans sa conclusion, du thème de Volumnia, nous entrons dans le développement (jusqu'à 03:58), une section mouvementée et anxieuse, rythmiquement irrégulière (comme la deuxième partie du thème de Coriolan), avec des notes qui sursautent, des contrastes qui maintiennent une tension élevée, où les deux motifs s'entrelacent, se superposent et s'interrompent, le tout accompagné par les violes, violoncelles et contrebasses : c'est le conflit intérieur de Coriolan, avec toute l'agitation que cela entraîne.
La réapparition des notes longues initiales alternant avec les accords en fortissimo de toute l'orchestre marque le début de la réexposition, où nous retrouvons, dans des tonalités différentes de celles du début, le thème de Coriolan, le thème de Volumnia et une partie du développement, avec les notes entrecoupées de pauses, les sursauts et les coups de toute l'orchestre, jusqu'à 06:19, quand une pause arrête tout.
Alors le thème de Volumnia reprend le dessus, mais pour peu de temps : l'inquiétude de Coriolan revient jusqu'à 07:16, lorsque, dans la coda finale, dans la tonalité initiale de do mineur, nous retrouvons encore l'Introduction avec ses accords orchestraux violents qui, cependant, perdent maintenant de leur vigueur et passent du fortissimo au pianissimo.
Maintenant le fragment mélodico-rythmique initial du thème de Coriolan est confié aux violoncelles qui, peu à peu, le ralentissent de plus en plus jusqu'aux trois accords finaux, en pizzicato, des cordes joués avec un pianissimo presque imperceptible : la supplication de sa femme a prévalu, faisant renoncer le héros à se venger.
Bonne écoute.
Ludwig van Beethoven - Ouverture pour Coriolan, op. 62 : Partition
Ludwig van Beethoven - Ouverture pour Coriolan, op. 62 : Vidéo
