La cantate Der Herr ist mein getreuer Hirt (Le Seigneur est mon bon berger) de Jean-Sébastien Bach est écrite pour quatre solistes (soprano, alto, ténor et basse), un chœur à quatre voix, deux cors, deux hautbois d’amour, deux violons, alto et basse continue.
Elle se divise en cinq mouvements :
- chœur : Der Herr ist mein getreuer Hirt
- aria (alto) : Zum reinen Wasser er mich weist
- récitatif, arioso (basse) : Und ob ich wandert im finstern Tal
- aria (duo, soprano et ténor) : Du bereitest für mir einen Tisch
- choral : Gutes und die Barmherzigkeit.
Voici la vidéo.
1) Chœur : Der Herr ist mein getreuer Hirt
Dans le chœur initial, conçu par Bach comme une fantaisie chorale, les cors introduisent la mélodie du choral, soutenus par les hautbois d’amour et l’ensemble des cordes.
La mélodie du Gloria allemand Allein Gott in der Höh sei Ehr est confiée à la section des sopranos, qui la chantent en valeurs longues, tandis que les trois autres voix participent à une élaboration imitée du thème.
Selon certains musicologues, la mélodie utilisée dans ce contexte pourrait avoir été à l’origine composée pour une autre occasion liturgique ou festive.
On la retrouve, en effet, avec une instrumentation similaire, dans la cantate BWV 128 (Auf Christi Himmelfahrt allein).
Bach avait pour habitude de réutiliser ses compositions dans différents contextes liturgiques ou musicaux, adaptant mélodies et arrangements selon les besoins, ce qui témoigne de sa maîtrise de la variation et de l’économie musicale.
2) Aria (alto) : Zum reinen Wasser er mich weist
Dans l’aria suivante, réglée sur un temps pastoral en 6/8, le motif des eaux tranquilles constitue le noyau expressif principal, rendu perceptible par le flux constant de la ligne mélodique de l’oboe, qui évoque doucement le calme et la sécurité offertes par le berger divin.
Dans la musique baroque, l’oboe est étroitement lié au style pastoral, car sa sonorité douce et chantante évoque la tranquillité des campagnes et le murmure des eaux, renforçant le caractère bucolique des pièces en 6/8.
Il convient également de souligner le rôle du basse continue, dont la régularité rythmique et harmonique semble tracer symboliquement les pas de l’homme sur le chemin droit, créant une continuité entre le discours musical et l’imaginaire spirituel du texte.
L’usage subtil des nuances dynamiques et des legatos dans les cordes et l’oboe contribue à intensifier l’effet méditatif de la scène pastorale, tandis que les silences et les liaisons accentuent la perception d’un chemin guidé et protégé.
3) Récitatif, arioso (basse) : Und ob ich wandert im finstern Tal
Le récitatif suivant, confié à la voix de basse et présenté presque sous forme d’arioso, s’ouvre sur un caractère étonnamment vif, bien que le texte évoque le passage à travers la sombre vallée de la mort.
Avec l’entrée des cordes, le ton change brusquement, prenant une dimension plus dramatique : la ligne mélodique de la basse s’anime de larges intervalles et d’accents expressifs, représentant la persécution, la douleur, l’affliction et les ruses de ce monde.
Dans la section finale, une mélodie consolante confiée aux violons symbolise la sérénité et la confiance restaurées par les paroles ta houlette et ton bâton me rassurent.
4) Aria (duo, soprano et ténor) : Du bereitest für mir einen Tisch
Le duo suivant pour soprano et ténor marque un contraste net avec les sections précédentes, introduisant une atmosphère plus légère et festive.
La musique adopte la forme d’une bourrée, danse populaire et traditionnelle originaire du Massif central, caractérisée par un rythme vif et ternaire favorisant un sentiment de mouvement continu.
Dans ce contexte, le texte évoque la table que le Seigneur prépare
, soulignant la joie spirituelle et la participation du fidèle à ce repas symbolique, métaphore de la protection divine et de la béatitude promise.
L’utilisation de la bourrée confère à la section un caractère presque théâtral, où le dialogue entre les voix crée un entrelacement mélodique reflétant l’harmonie et la communion entre les croyants.
5) Choral : Gutes und die Barmherzigkeit
Dans le choral final à quatre voix, Bach dispose tous les instruments de l’ensemble pour soutenir et renforcer les lignes vocales, créant une texture chorale riche et homogène.
Les cors, bien qu’adaptés à leur tessiture naturelle, participent à la sonorité globale, conférant solennité et plénitude à l’ensemble, tandis que les violons, les hautbois et la basse continue renforcent harmonieusement les quatre parties vocales et ils jouent colla parte.
Cette technique souligne le caractère final et liturgique de l’œuvre, mettant en évidence l’unité entre l’instrument et la voix.
Jean-Sébastien Bach : Cantate « Der Herr ist mein getreuer Hirt » BWV 112 - Partition
