Nous pouvons diviser le début des Les Joyeuses Facéties de Till l’Espiègle de Richard Strauss en trois parties (voici la vidéo que j’ai choisie pour ce guide à l’écoute) :
- une brève introduction de cinq mesures, essentiellement confiée aux cordes (avec un ajout très bref des clarinettes et des bassons, et un accord final des flûtes), qui ... commence l’histoire : "Il était une fois un bouffon coquin ...".
- à 00:15, le farceur est présenté : il était "nommé Till l'Espiègle".
Le premier thème commence, répété deux fois par le cor solo sur le trémolo des cordes, puis repris par les différents bois et toute l’orchestre en crescendo (voir ici la raison pour laquelle en musique on utilise des termes en italien et leur traduction).
Ce thème, très agile, dynamique, intrépide (Till, après tout, est un farceur), est formé d’un fragment mélodique-rythmique que Strauss répète trois fois (en le commençant à chaque fois à un point différent du mouvement, créant ainsi un décalage rythmique qui le rend très intéressant), atteignant son apogée puis redescendant avec un arpège descendant qui se termine par trois notes longues et fortes, également décroissantes - à 00:57, voici le deuxième thème de Till confié à la clarinette et avec une riche élaboration orchestrale : ce thème nous montre le farceur en train de planifier ses farces, tout en riant.
Après ces deux thèmes, l'histoire de Till commence : Strauss connaît bien l’orchestre et, avec un jeu de couleurs, de rythmes, de thèmes qui reviennent mais variés et transfigurés, il nous guide et nous emmène dans les pas de son farceur : Till "à travers l'étalage des marchandes de poissons", "déguisé en pasteur", "avec de charmantes jeunes filles", sa rencontre avec "des philistins", etc.
Mais examinons de plus près certaines de ces parties.
À 03:43, par exemple, les altos et les bassons nous proposent une sorte de choral pour souligner que Till est "déguisé en pasteur" ; s'ensuit, à 04:25, la brève reprise du premier thème confié au violon solo, et le deuxième thème à 05:02 (d'abord par la clarinette, puis par le hautbois et enfin par les premiers violons).
À 06:32, par contre, les bassons, le contrebasson et la clarinette basse nous introduisent dans une ambiance totalement différente, où Strauss nous propose une grande élaboration du matériau musical.
Au milieu de tout cela, à 07:28, le premier thème de Till réapparaît, confié aux flûtes, clarinettes, trompettes et violons.
À 08:06, nous avons un nouveau changement d’atmosphère : sur un rythme de danse proposé par les altos et les cors, les violons et les clarinettes nous présentent la "Chanson de Till", mais une interruption soudaine à 08:17 change à nouveau le décor, qui semble presque inquiétant ; heureusement mais l’apparition, à 08:45, des motifs que nous connaissons nous rassure.
La reprise des deux thèmes initiaux (à 09:17 celui du cor et à 09:32 celui de la clarinette) nous conduit à un épisode joué fortissimo par l’ensemble de l’orchestre (à 10:04).
À 11:31, encore une fois, l’atmosphère change : les éclats de cors, trompettes et trombones sur le roulement des timbales nous proposent une marche funèbre et nous introduisent immédiatement dans "le tribunal" : Till a été capturé et condamné à la pendaison par les autorités.
La clarinette, de temps à autre, reprend son thème initial (parfois même de manière déformée), et Till tente de s’en sortir, mais rien n’y fait.
Mais, étant donné que Till est un personnage fantastique, il ne peut pas mourir et alors à 13:44 ("Epilogo"), Strauss reprend le début du poème symphonique, avec l’introduction des cordes et le thème varié de Till.
Richard Strauss : Les joyeuses facéties de Till l’Espiègle op. 28 – Partition
Richard Strauss : Les joyeuses facéties de Till l’Espiègle op. 28 – Vidéo
