Wolfgang Amedeus Mozart - Requiem en ré mineur pour solos, chœur et orchestre, KV. 626 : Sequentia - Guide à l'écoute

La sequentia est divisée en six sections complètement différentes, tant au niveau de l'instrumentation qu'au niveau du contenu expressif.

Allons maintenant les voir en détail.

Dies irae

Dies irae, dies illa solvet saeclum in favilla, teste David cum Sibylla. Jour de colère, ce jour-là qui réduira le monde en cendres, comme l'annoncent David et la Sibylle.
Quantus tremor est futurus, quando judex est venturus, cuncta stricte discussurus? Combien grand sera l'effroi, quand le juge apparaîtra, et tranchera avec rigueur !

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Le Dies Irae, riche en effets figuratifs, décrit le jugement dernier, où la colère divine s'abat sur les hommes.

Il commence sans introduction et avec puissance, avec le chœur qui marque les deux premiers mots et l'orchestre qui semblent s'affoler, dans ce rythme violent qui seme la terreur (à 15:47 de la vidéo).

Dans l'épisode suivant, répété trois fois, Mozart propose une alternance du sol dièse et du la, notes confiées à la basse continue, aux violons dans le grave et aux basses du chœur (tous à l'unisson) sur le texte Quantus tremor est futurus (Combien grand sera l'effroi, faisant référence au jour du jugement dernier, à 16:46 de la vidéo).

Tuba mirum

Tuba mirum spargens sonum, per sepulchra regionum, coget omnes ante thronum. Le son éclatant de la trompette, se répandant au milieu des tombeaux, rassemblera les hommes devant le trône.
Mors stupebit et natura, cum resurget creatura, judicanti responsura. La mort et la nature seront surprises lorsque la créature ressuscitera pour rendre compte au Juge.
Liber scriptus proferetur in quo totum continetur, unde mundus judicetur.
Judex ergo cum sedebit, quidquid latet, apparebit: nil inultum remanebit.
Quid sum miser tunc dicturus?
Quem patronum rogaturus, cum vix justus sit securus?
Le livre sera écrit, dans lequel sera consigné tout ce sur quoi le monde sera jugé.
Lorsque le Juge siègera, tous les secrets seront dévoilés, et rien ne demeurera impuni.
Malheureux que je suis, que dirai-je alors ?
Quel protecteur invoquerai-je, quand le juste lui-même sera dans l’inquiétude ?

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Le Tuba mirum suivant est de tout autre caractère : ce morceau, plus intime, qui agit presque comme une pause de méditation, est introduit par trois notes par un trombone solo et sans accompagnement auquel suit la voix de la basse soliste (à 17:30 de la vidéo).

Ils sont là pour nous rappeler le signal de la trompette qui, se répandant au milieu des tombeaux, rassemblera tout le monde devant le Christ.

Ici le rôle principal est confié aux quatre solistes qui chantent les uns après les autres pour ne se retrouver que dans la courte section finale : ils représentent l'humanité déchirée par son immense misère.

Quand le ténor entre sur les mots Mors stupebit, l'atmosphère change : elle devient plus tendue et marquée par l'intensification des interventions orchestrales (à 18:41 de la vidéo).

Sur les mots Cum vix justus sit securus ? (« quand le juste lui-même sera dans l’inquiétude ? ») les quatre voix réunies chantent de manière homophonique avec un accent particulier sur les mots cum et vix.

« Qui sera sauvé ? », semble nous dire Mozart d'abord d'une manière ... timide (sotto voce c'est écrit dans la partition), puis alternant le forte et le piano jusqu'au crescendo qui mène à la fin (à 20:53 de la vidéo); voir ici la raison pour laquelle en musique on utilise des termes en italien et leur traduction

Rex tremendae

Rex tremendae majestatis, qui salvandos salvas gratis.
Salva me, fons pietatis.
Roi dont la majesté est redoutable, toi qui sauves par grâce.
Sauve-moi, ô source de miséricorde.

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Le Rex tremendæ majestatis est annoncé par l'orchestre qui a une mélodie descendante avec un rythme pointé qui anticipe les trois accords forte du chœur sur le mot Rex, un chœur qui s'insère étonnamment dans les silences de l'orchestre sur la seconde moitié des mesures, un temps faible par excellence !

L'utilisation de ce rythme pointé est intéressante : en effet, à l'époque de Mozart, il était considéré comme démodé et, par conséquent, n'était jamais utilisé.

Mais Mozart est un ... génie, on le sait, alors il se permet de l'utiliser et il le fait pour décrire l'apparition de Dieu, le juge suprême, et la solennité de l'instant : donc il l'utilise surtout à des fins dramatiques (à 21:52 de la vidéo).

Et cela aussi rappelle très étroitement la musique de Haendel.

Mais face à ce Roi dont la majesté est redoutable, voici la soudaine douceur de l'invocation Sauve-moi, proposé presque sans accompagnement par les voix féminines d’abord, puis les graves et enfin tout le chœur (à 23:38 de la vidéo).

Et cette invocation, très douce, contraste vivement avec le début impétueux : le Roi d'une immense majesté initiale devient maintenant la source de miséricorde vers laquelle se tourner pour notre salut.

Cette partie se termine sur un accord sans tierce, comme cela déjà le cas à la fin du Kyrie.

Recordare

Recordare Jesu pie, quod sum causa tuae viae. Souviens-toi, doux Jésus, que je suis la cause de ta venue sur terre.
Ne me perdas illa die. Ne me perd pas en ce jour.
Quaerens me, sedisti lassus, redemisti crucem passus, tantus labor non sit cassus. En me cherchant, tu t’es assis épuisé, tu m’as racheté par le supplice de la croix, que tant de souffrance ne soit pas inutile.
Juste judex ultionis, donum fac remissionis, ante diem rationis. Juge juste, fais-moi don du pardon avant le jour des comptes.
Ingemisco, tamquam reus; culpa rubet vultus meus; supplicanti parce Deus. Je gémis comme un coupable, et je rougis de mes péchés ; Seigneur, pardonne à qui t’implore.
Qui Mariam solvisti, et latronem exaudisti, mihi quoque spem dedisti. Toi qui as absous Marie-Madeleine et exaucé le larron, à moi aussi, donne l’espérance.
Preces meae non sunt dignae, sed tu bonus fac benigne, ne perenni cremer igne. Mes prières ne sont pas dignes, mais toi, toi qui es bon, fais par ta miséricorde, que je ne brûle pas au feu éternel.
Inter oves locum praesta, et ab haedis me sequestra, statuens in parte dextra. Accorde-moi une place parmi les brebis, et des boucs sépare-moi, en me plaçant à ta droite.

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Dans le Recordare suivant, avec une mélodie qui rappelle le Requiem aeternam d'ouverture, continue l'atmosphère introduite par l'invocation Salva me précédente et la prière au Jesu pie s'intensifie avec un langage très proche de celui des psaumes (à 24:44 de la vidéo).

Les quatre solistes (avec une mélodie et une harmonie spécifique qui mettent en valeur les huit strophes du texte) implorent le Christ, venu sur terre pour sauver les hommes.

Par exemple :

  1. Quaerens me, sedisti lassus, redemisti crucem passus, tantus labor non sit cassus fait allusion à la mort du Christ (à 26:13 de la vidéo)
  2. Ingemisco, tamquam reus; culpa rubet vultus meus supplicanti parce Deus met en évidence la pâleur croissante du visage humain due au péché (à 27:38 de la vidéo)
  3. dans Qui Mariam solvisti, et latronem exaudisti c'est intéressant voir que Mozart fait chanter Qui Mariam solvisti à une femme et et latronem exaudisti à un homme (à 28:06 de la vidéo)
  4. ne perenni cremer igne est le point culminant dramatique et ici Mozart nous fait comprendre que le cœur de l'homme se rebelle contre l'idée de finir dans le néant (à 29:06 de la vidéo).

Confutatis

Confutatis maledictis, flammis acribus addictis. Voca me cum benedictis. Après avoir confondu les maudits et leur avoir assigné le feu cruel, appelle-moi parmi les élus.
Oro supplex et acclinis, cor contritum quasi cinis : gere curam mei finis. Suppliant et prosterné, je prie, le cœur brisé et comme réduit en cendres : prend soin de ma dernière heure.

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Le Confutatis suivant rappelle de très près le Rex tremendæ majestatis pour les deux atmosphères que Mozart propose en mettant en musique la première phrase du texte :

  1. d'une part les flammes ardentes qui consument les maudits (en référence au Roi terrible) : la partie masculine du chœur sur la figure rythmique très pressante des cordes, sur le pas des timbales et sur le rythme pointé (encore lui) des bassons et des trombones rendent très bien la terreur des flammes infernales (à 30:06 de la vidéo)
  2. de l'autre la douce invocation Voca me cum benedictis (et donc la référence au précédent sauve-moi) confiée aux voix féminines du chœur qui interrompt le rythme pressant de l'orchestre (à 30:38 de la vidéo) !
    Seuls les violons maintenant, d'une ligne mélodique délicate, accompagnent cette prière, très intime je dirais, qui se fait, ici aussi, sotto voce (à voix basse, comme c'est écrit dans la partition).

Néanmoins l'idylle prend bientôt fin car le Confutatis reprend son rythme par arrogance.

Mais une fois de plus le voca me est reproposé, suivi par la prière qui supplie le Christ, chantée humblement par tout le chœur (à 31:41 de lau vidéo).

Lacrimosa

Lacrimosa dies illa, qua resurget ex favilla judicandus homo reus. Jour de larmes que ce jour où, de la poussière, ressuscitera le pêcheur pour son jugement.
Huic ergo parce Deus. Pardonne-lui, mon Dieu !
Pie Jesu Domine, dona eis requiem. Amen. Seigneur, bon Jésus, accorde-lui le repos éternel. Amen.

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Le Lacrimosa débute avec les cordes piano sur un rythme très calme et ... balançant : ici Mozart met des pauses de silence aux violons sans doute pour souligner le jour de larmes du jugement dernier (à 32:40 de la vidéo).

Le chœur, à commencer par les sopranos, effectue une ascension graduelle de bas en haut (sur le texte qua resurget ex favilla), à travers un crescendo continu et dramatique qui arrive au forte de la mesure 8, sur laquelle Mozart interrompt la composition (à 33:22 de la vidéo).

Wolfgang Amedeus Mozart - Requiem en ré mineur pour solos, chœur et orchestre, KV. 626 : Partition

Wolfgang Amedeus Mozart - Requiem en ré mineur pour solos, chœur et orchestre, KV. 626 : Texte avec traduction en français

Wolfgang Amedeus Mozart - Requiem en ré mineur pour solos, chœur et orchestre, KV. 626 : Vidéo