
Les joyeuses facéties de Till l’Espiègle (Till Eulenspiegels lustige Streiche, selon le titre original en allemand), op. 28, du compositeur et chef d'orchestre allemand Richard Strauss (1864 – 1949), est une composition pour grand orchestre dédiée au musicologue Arthur Seidl, et composée entre 1894 et le 6 mai 1895.
Chronologiquement, cette œuvre se situe entre les deux poèmes symphoniques Mort et Transfiguration et Ainsi parlait Zarathoustra.
Strauss a connu le personnage fantastique de Till Eulenspiegel, qui aime faire des farces et se moquer des gens et qui est très populaire en Allemagne, en 1889, lorsqu'il a assisté à une représentation de l'opéra Eulenspiegel de Cyrill Kistler en Allemagne.
Cette œuvre, d'une durée d'environ 15 minutes, fut initialement considéré comme un poème symphonique (le cinquième de Strauss) par le compositeur lui-même ("J'ai terminé la partition d'un nouveau poème symphonique Till Eulenspiegel – très joyeux et audacieux ", écrivait-il le 9 juin 1895 au chef d'orchestre Franz Wüllner).
Cependant, au moment de l'impression, Strauss déclara ne s'être inspiré d'aucun programme pour sa réalisation, mettant ainsi davantage l'accent sur la forme musicale utilisée, un rondo, plutôt que sur l'histoire décrite.
Néanmoins, dans une copie manuscrite de la partition, on trouve des indications très précises sur le programme de Les Joyeuses Facéties de Till l’Espiègle :
“Il était une fois un bouffon coquin nommé Till l'Espiègle.
C'était un malicieux lutin parti vers de nouvelles facéties.
Attendez un peu, peureux !
Hop ! à cheval à travers l'étalage des marchandes de poissons.
Il court avec des bottes de sept lieues.
Caché dans un trou de souris.
Déguisé en pasteur, il sent l'onction et la morale…
Toutefois, le vaurien se révèle par son gros orteil.
Mais comme il se rit de la religion, il ressent soudain une peur panique de la mort.
Till chevaleresque et échangeant des grâces avec de charmantes jeunes filles.
Il leur fait la cour.
Un refus élégant est aussi un refus.
Jure vengeance contre la race humaine.
Thème des philistins.
Après avoir démontré aux philistins quelques thèses plutôt monstrueuses, il les abandonne, ébahis, à leur sort.
Grimace lointaine.
Chanson de Till.
Le tribunal.
Il sifflote nonchalamment.
Sur l'échafaud.
Il pend, l'air lui manque, un dernier spasme, Till a vécu."
En outre, dans le passage intitulé Chanson de Till, Strauss précise que "le contrebasson dans le registre grave représente le gros orteil d’un pied" (comme le dit le musicologue italien Sergio Sablich).
Le fait que Strauss ait choisi le rondo comme forme musicale est très intéressant : l'œuvre est en effet divisée en cinq parties entrecoupées du refrain, dont le thème principal peut être associé au personnage de Till lui-même (représenté par le cor et la clarinette) qui apparaît, disparaît, revient de manière inattendue ou soudainement.
Et cela donne une grande unité à l'œuvre, malgré la diversité (et la richesse) musicale de chaque épisode.
L'instrumentation orchestrale utilisée par Strauss dans cette œuvre comprend un piccolo, 3 flûtes, 3 hautbois, un cor anglais, une clarinette en ré, 2 clarinettes en si bémol, une clarinette basse, 3 bassons, un contrebasson, 4 cors en fa et mi, 4 cors en ré (ad libitum), 3 trompettes en fa et do, 3 trompettes en ré (ad libitum), 3 trombones, un tuba, des timbales, un triangle, des cymbales, une grosse caisse, un tambour, une grande crécelle et cordes.
Elle fut créée à Cologne, à la Gürzenichsaal, le 5 novembre 1895 sous la direction de Franz Wüllner, et publiée la même année par J. Aibl de Munich.
Richard Strauss : Les joyeuses facéties de Till l’Espiègle op. 28 – Partition
Richard Strauss : Les joyeuses facéties de Till l’Espiègle op. 28 – Guide à l’écoute
