Pierre et le loup de Sergei Prokofiev est une œuvre que je qualifierais ... immédiate : il suffit en effet de suivre le texte de la narration et d’écouter la musique ... tout deviendra très clair 🙂
C'est pourquoi je ne ferai pas ici un guide d'écoute classique, mais je te fournirai seulement quelques points que je trouve intéressants pour mieux entrer dans l'œuvre.
Comme je le disais dans l'introduction de l'œuvre, chaque personnage ou animal est représenté par un instrument ou un groupe d'instruments spécifique, car l'objectif pédagogique de Pierre et le loup est de faire connaître et distinguer les timbres des différents instruments de l'orchestre.
Le conte commence par la présentation des différents personnages associés aux instruments, qui jouent le thème qui réapparaîtra chaque fois qu'on parlera d’eux.
L'œuvre débute avec le thème de Pierre confié aux cordes (à la minute 04:10 dans la vidéo que j'ai choisie pour ce guide d'écoute).
À 05:05, la flûte entre avec le thème de l'oiseau qui, à 05:33, joue avec Pierre.
Le canard arrive à 06:32, et ici, de temps en temps, on entend l'oiseau voltiger çà et là, jusqu'à ce que les deux animaux se confrontent et commencent à se disputer, à 08:02.
À 08:56, le chat fait son apparition (Prokofiev indique à ce point de la partition, sous la partie de la clarinette, con eleganza "avec élégance", voir ici la raison pour laquelle en musique on utilise des termes en italien et leur traduction).
À 09:43, un accord fortissimo de toute l'orchestre (y compris les cymbales) nous fait sursauter, et avant même que le narrateur ne commence à parler, on comprend immédiatement que ... quelque chose ne va pas !
Le chat cherche à comprendre comment attraper l'oiseau lorsque, à 10:38, le grand-père de Pierre sort de la maison, d'abord en grognant, puis en se fâchant avec son petit-fils.
À 12:57, le loup arrive : les trois cors sont accompagnés du trémolo des cordes et des cymbales jouées piano, avec deux crescendo-diminuendo.
Effrayé, le chat grimpe rapidement dans l'arbre (à 14:02), avec un tempo Nervoso (nerveux, c’est écrit dans la partition).
À 15:13, les violoncelles seuls jouent une note aiguë (un mi sur la quatrième ligne de la clé de sol) avec un harmonique (ce qui fait que le son est une octave plus haut) : à ce moment, Prokofiev indique un tempo d’Andante et sous la portée des violoncelles, il écrit doloroso (douloureux) : le canard n'a pas pu se sauver en grimpant sur l'arbre, comme le chat, et le voilà, dans le ventre du loup, qui gémisse silencieux.
Juste après, quand le hautbois (donc l'instrument qui représente le canard) entre en pianissimo, Prokofiev écrit doloroso e espressivo (douloureux et expressif).
À 16:54 Pierre, ayant grimpé dans l'arbre, lui aussi, demande à l'oiseau de voltiger autour du loup : ici il est interessant de noter que Prokofiev propose le thème de Pierre joué avec la flûte, montrant ainsi la complicité entre ces deux personnages.
À 17:35, le loup tente d'attraper Pierre en faisant des sauts, représentés par des accords rapides, en forte et marcatissimo (comme indiqué dans la partition), tandis qu'immédiatement après, dans un forte, giocoso con brio, la flûte revient avec le thème de Pierre qui, entre-temps, a fait un nœud à la corde qu'il fait descendre de l'arbre : ici, Prokofiev décrit cette action avec une gamme chromatique descendante (ornée de notes de passage) confiée aux premiers violons, jouée pianissimo avec la sourdine.
L'histoire se termine par une marche triomphale de Pierre et des autres personnages tandis qu'ils emmènent le loup au zoo : dans cette partie finale, Prokofiev en profite pour faire entendre à nouveau les différents thèmes utilisés tout au long du conte.
Je voudrais attirer votre attention sur le thème de Pierre, qui cette fois est proposé à 22:03 par les cors, presque pour indiquer que, comme cela s'était produit plus tôt avec la flûte, le loup est maintenant reconnaissant à Pierre d'avoir empêché les chasseurs de le tuer.
