Composée en 1623, l'Auferstehungshistorie (Histoire de la Résurrection) de Heinrich Schütz (1585-1672) compte parmi les œuvres les plus intéressantes de la musique sacrée allemande du début du XVIIe siècle.
À travers le récit des événements qui suivent la mort du Christ, Schütz propose une conception originale de la narration musicale, située à la rencontre de plusieurs traditions.
L’œuvre apparaît à un moment particulièrement important de l’histoire de la musique européenne : les formes héritées de la Renaissance sont encore profondément présentes, tandis que de nouvelles manières de penser l’expression musicale commencent à s’imposer.
En Italie, la relation entre la parole et la musique évolue rapidement et ouvre la voie à une écriture plus expressive et plus dramatique.
Schütz connaît directement cette évolution grâce à ses séjours à Venise et à sa rencontre avec plusieurs des grands représentants de la musique italienne.
Pourtant, l’Histoire de la Résurrection ne rompt pas avec le passé, bien au contraire : Schütz conserve dans son œuvre des éléments qui rappellent la tradition liturgique et la musique vocale ancienne.
Cette coexistence est particulièrement perceptible dans la manière dont le récit biblique est confié à l’Évangéliste, tandis que les différents personnages bénéficient d’un traitement musical qui leur donne une présence propre.
L’œuvre se distingue également par l’importance accordée à la manière dont elle doit être entendue.
Schütz ne s’intéresse pas uniquement aux voix et aux instruments : il réfléchit aussi à leur disposition et à l’effet produit sur l’auditeur.
Certaines parties peuvent être interprétées de différentes façons, et le compositeur laisse aux musiciens une marge de liberté dans l’accompagnement et l’ornementation.
L’Histoire de la Résurrection constitue ainsi un témoignage précieux d’une période de transition : entre héritage liturgique, polyphonie ancienne et nouvelles recherches expressives, Schütz développe un langage personnel qui donne au récit biblique une force particulière sans le transformer en véritable œuvre théâtrale.
L’Histoire de la Résurrection répond avant tout à une fonction religieuse précise : à Dresde, le récit musical de la Résurrection faisait déjà partie des pratiques liées aux célébrations pascales : avant Schütz, l’œuvre d’Antonio Scandello (1517-1580) était notamment utilisée à cette occasion.
Schütz connaissait cette tradition puisqu’il avait lui-même dirigé la composition de son prédécesseur.
Son propre ouvrage vient donc prendre sa place dans cette pratique musicale de Pâques.
La première exécution eut lieu à Dresde en 1623, lors des vêpres du troisième jour de Pâques, dans la chapelle du château.
L’œuvre n’était donc pas destinée à une représentation théâtrale indépendante : elle était pensée pour s’intégrer au contexte des célébrations religieuses.
Cette destination explique en partie les choix de Schütz : le récit biblique reste au centre de la composition et la compréhension des paroles occupe une place essentielle.
L’œuvre pouvait ainsi être entendue par l’assemblée comme une véritable narration musicale du récit pascal.
L’écriture de Schütz repose sur un ensemble vocal et instrumental qui permet une grande variété de couleurs sans nécessiter un orchestre important.
La partition originale prévoit les parties de l’Évangéliste et des personnages, un chœur pouvant aller jusqu’à huit voix, quatre violes de gambe et une basse continue (dans la réalisation de cette basse continue, l’orgue pouvait notamment être utilisé).
L’effectif publié pour l’œuvre comprend ainsi des voix solistes, deux chœurs à quatre voix, quatre violes de gambe et l’orgue.
Ce dispositif donne à Schütz suffisamment de possibilités pour opposer la narration aux interventions des personnages, faire varier les masses sonores et créer des contrastes entre les passages solistes et les moments plus collectifs.
L’intérêt de l’œuvre réside donc aussi dans cette économie de moyens : sans recourir à un grand ensemble instrumental, Schütz parvient à construire un récit musical riche en contrastes et en atmosphères, parfaitement adapté au caractère particulier de la célébration pascale.
Dans ce guide d'écoute, nous verrons comment le compositeur construit cette narration, quelles traditions ont nourri son écriture et pourquoi cette œuvre occupe une place aussi intéressante dans l’évolution de la musique sacrée au XVIIe siècle.
Heinrich Schütz : Auferstehungshistorie (Histoire de la Résurrection) SWV 50 – Partition
Heinrich Schütz : Auferstehungshistorie (Histoire de la Résurrection) SWV 50 – Guide à l'écoute
